Vie de Bâton de Chaise

Son accouchement déjà

ne s'était pas fait sans peine.

Des lames dentues à donner le frisson

avaient tranché les chairs,

et toutes sortes de fraises

y avaient entonné

leurs horribles mélopées.

Mais pas de sang cependant,

car le corps avait été soigneusement séché,

comme dans le temps,

sans précipitation

qui aurait pu en gâcher le fil.

 

A peine né,

tout chaud encore de ces arrachements,

on l'avait placé avec mille et un congénères

dans une caisse,

et il avait été conduit, séance tenante,

se faire forger le caractère

à grands coups de presses cintreuses.

 

Comme si cela n'était pas suffisant,

voilà qu'on l'avait marié

à une famille quelconque  et,

pour s'assurer de sa fidélité,

on n'avait pas hésité à faire appel aux soins

d'une colle qui ne tolérait en rien

la moindre velléité d'infidélité.

 

Après une vie à se faire écraser le nez

par des derrières de tous gabarits,

plus ou moins agressifs,

plus ou moins odorants,

il se sent aujourd'hui, au fond de son grenier,

miné par le premier ver xylophage.

 

Les autres suivront :

 

qu'il repose en sciure !

Écrit par Serge Lesens Lien permanent | Commentaires (0)

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